136
ANDROMAQUE.
SCÈNE III.
HERMIONE, CLÉONE.
IIERMIONE.
Attendais-tu, Cléone, un courroux si modeste?
CLÉONE.
La douleur qui se tait n’en est que plus funeste.
Je le plains : d’autant plus qu’auteur de son ennui,
Le coup qui l’a perdu n’est parti que de lui.
Comptez depuis quel temps votre hymen se prépare :
II a parlé, madame; et Pyrrhus se déclare.
IIERMIONE.
Tu crois que Pyrrhus craint? Et que craint-il encor?
Des peuples qui, dix ans, ont fui devant Hector;
Qui cent fois, effrayés de l’absence d’Achille,
Dans leurs vaisseaux brûlants ont cherché leur asile;
Et qu’on verrait encor, sans l’appui de son fils,
Redemander Hélène aux Troyens impunis?
Non, Cléone, il n’est point ennemi de lui-même :
Il veut tout ce qu’il fait; et s’il m’épouse, il m’aime.
Mais qu’Oreste, à son gré, m’impute ses douleurs;N’avons-nous d’entretien que celui de ses pleurs?
Pyrrhus revient à nous. Eh bien, chère Cléone,
Conçois-tu les transports de l’heureuse Ilermione?
Sais-tu quel est Pyrrhus? T’es-tu fait raconterLe nombre des exploits... Mais qui les peut compter?Intrépide, et partout suivi de la victoire,
Charmant, fidèle; enfin rien ne manque à sa gloire.
Songe...
CLÉONE.
Dissimulez : votre rivale en pleursVient h vos pieds, sans doute, apporter ses douleurs.
IIERMIONE.
Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme !
Sortons. Que lui dirais-je?
SCÈNE IV.
ANDROMAQUE, IIERMIONE, CLÉONE, CÉPHISE.
ANDROMAQUE.
Où fuyez-vous, madame?