ACTK JI, SCENE l.
Si votre esprit, armé de mille défiances...
CLÈ0F11E.
Hélas ! de tels soupçons sont de faibles défenses ;
Et nos cœurs, se formant mille soins superflus,Doutent toujours du bien qu’ils souhaitent le plus.Oui, puisque ce héros veut que j’ouvre mon âme,J’écoute avec plaisir le récit de sa flamme :
Je craignais que le temps n’en eût borné le cours ;
Je souhaite qu’il m’aime, et qu’il m’aime toujours.Je dis plus : quand son bras força notre frontière,Et dans les murs d’Omphis m’arrêta prisonnière,Mon cœur, qui le voyait maître de l’univers,
Se consolait déjà de languir dans ses fers ;
Et, loin de murmurer contre un destin si rude,
Il s’en fit , je l’avoue, une douce habitude ;
Et de sa liberté perdant le souvenir,
Même en la demandant, craignait de l’obtenir :Jugez si son retour me doit combler de joie.
Mais tout couvert de sang veut-il que je le voie?Est-ce comme ennemi qu’il se vient présenter?
Et ne me cherche-t-il que pour me tourmenter?
épd'estion.
Non, madame ; vaincu du pouvoir de vos charmes,11 suspend aujourd’hui la terreur de ses armes;
Il présente la paix à des rois aveuglés,
Et retire la main qui les eût accablés.
Il craint que la victoire, à ses vœux trop facile,
Ne conduise ses coups dans le sein de Taxile :
Son courage, sensible à vos justes douleurs,
Ne veut point de lauriers arrosés de vos pleurs.Favorisez les soins où son amour l’engage;Exemptez sa valeur d’un si triste avantage ;
Et disposez des rois qu’épargne son courrouxA recevoir un bien qu’ils ne doivent qu’à vous.
CLÉOFILli.
N’en doutez point, seigneur, mon âme, inquiétée,D’une crainte si jusLe est sans cesse agitée ;
Je tremble pour mon frère, et crains que son trépasD’un ennemi si cher n’ensanglante le bras.
Mais en vain je m’oppose à l’ardeur qui l’enflamme,Axiane et Porus tyrannisent son âme;
RACINE.