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Théâtre complet de J. Racine
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LES FRÈRES ENNEMIS.

Mais de quelques soldats, tant d’Argos que des nôtres,Qui, s’étant querellés les uns avec les autres,

Ont insensiblement tout le corps ébranlé,

Et fait un grand combat d’un simple démêlé.

La bataille sans doute allait être cruelle,

Et son événement vidait notre querelle ;

Quand/lu fils de Créon l’héroïque trépasDe tous les combattants a retenu le bras.

Ce prince, le dernier de la race royale,

S’est appliqué des dieux la réponse fatale;

Et lui-même à la mort il s’est précipité,

De l’amour du pays noblement transporté.

JOCASXE.

Ah ! si le seul amour qu’il eut pour sa patrieLe rendit insensible aux douceurs de la vie,

Mon fils, ce même amour ne peut-il seulementDe votre ambition vaincre l’emportement?

Un exemple si beau vous invite à le suivre.

Il ne faudra cesser de régner ni de vivre :

Vous pouvez, en cédant un peu de votre rang,

Faire plus qu’il n’a fait en versant tout son sang ;

Il ne faut que cesser de haïr votre frère ;

Vous ferez beaucoup plus que sa mort n’a su faire.

Oh dieux ! aimer un frère, est-ce un plus grand effortQue de haïr la vie et courir à la mort?

Et doit-il être enfin plus facile en un autreDe répandre son sang, qu’en vous d’aimer le vôtre?

ÉTÉOCLE.

Son illustre vertu me charme comme vous;

Et d’un si beau trépas je suis même jaloux.

Et toutefois, madame, il faut que je vous dieQu’un trône est plus pénible à quitter que la vie :

La gloire bien souvent nous porte à la haïr ;

Mais peu de souverains font gloire d’obéir.

Les dieux voulaient son sang ; et ce prince, sans crime,Ne pouvait à l’État refuser sa victime.

Mais ce même pays, qui demandait son sang,

Demande que je règne, et m’attache à mon rang.

Jusqu’à ce qu’il m’en ôte, il faut que j’y demeure •

11 n’a qu’à prononcer, j’Cbéirai sur l’heure ;

Et Thèbes me verra, pour apaiser son sort, .