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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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26
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LES FRÈRES ENNEMIS.

2 B

SCÈNE III.

JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, IIÉMON.

POLYNICE.

Madame, au nom des dieux, cessez de marrêter :

Je vois bien que la paix ne peut sexécuter.

J'espérais que du ciel la justice infinieVoudrait se déclarer contre la tyrannie,

Et que, lassé de voir répandre tant de sang,

11 rendrait à chacun son légitime rang :

Mais puisque ouvertement il tient pour linjustice,

Et que des criminels il se rend le complice,

Dois-je encore espérer quun peuple révolté,

Quand le ciel est injuste, écoute léquité?

Dois-je prendre pour juge une troupe insolente,

Dun fier usurpateur ministre violente,

Qui sert mon ennemi par un lâche intérêt,

Et quil anime encor, tout éloigné quil est?

La raison nagit point sur une populace.

De ce peuple déjà jai ressenti laudace :

Et, loin de me reprendre après mavoir chassé,

11 croit voir un tyran dans un prince offensé.

Comme sur lui lhonneur neut jamais de puissance,

Il croit que tout le monde aspire à la vengeance :

De ses inimitiés rien narrête le cours ;

Quand il hait une fois, il veut haïr toujours.

JOCASTE.

Mais sil est vrai, mon fils, que ce peuple vous craigne,Et que tous les Thébains redoutent votre règne,Pourquoi par tant de sang cherchez-vous à régnerSur ce peuple endurci que rien ne peut gagner?

POLYNICE.

Est-ce au peuple, madame, à se choisir un maître?

Sitôt quil hait un roi, doit-on cesser de lêtre?

Sa haine, ou son amour, sont-ce les premiers droitsQui font monter au trône ou descendre les rois?

Que le peuple à son gré nous craigne ou nous chérisse,Le sang nous met au trône, et non pas son caprice :

Ce que le sang lui donne, il le doit accepter ;

Et sil naime son prince, il le doit respecter.