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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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23
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ACTE II, SCÈNE I. 23

Jen voyais et dehors et dedans nos murailles :

Chaque assaut à mon cœur livrait mille combats ;

Et mille fois le jour je souffrais le trépas.

I1ÉBON.

Mais enfin quai-je fait, en ce malheur extrême,

Que ne mait ordonné ma princesse elle-même?

Jai suivi Polynice ; et vous lavez voulu :

Vous me lavez prescrit par un ordre absolu.

Je lui vouai dès lors une amitié sincère;

Je quittai mon pays, jabandonnai mon père ;

Sur moi, par ce départ, jattirai son courroux,

Et, pour tout dire enfin, je méloignai de vous.

ANTIGONE.

Je men souviens, Hémon, et je vous fais justice;

Cest moi que vous serviez en servant Polynice :

Il métait cher alors comme il est aujourdhui ;

Et je prenais pour moi ce quon faisait pour lui.

Nous nous aimions tous deux dès la plus tendre enfance,

Et javais sur son cœur une entière puissance ;

Je trouvais à lui plaire une extrême douceur,

Et les chagrins du frère étaient ceux de la sœur.

Ah 1 si javais encor sur lui le même empire,

Il aimerait la paix, pour qui mon cœur soupire :

Notre commun malheur en serait adouci :

Je le verrais, Ilémon ; vous me verriez aussi 1nésiON.

De cette affreuse guerre il abhorre limage.

Je lai vu soupirer de douleur et de rage,

Lorsque, pour remonter au trône paternel,

On le força de prendre un chemin si cruel.

Espérons que le ciel, touché de nos misères,

Achèvera bientôt de réunir les frères :

Puisse-t-il rétablir lamitié dans leur cœur,

Et conserver lamour dans celui de la sœur !

ANTIGONE.

Hélas ! ne doutez point que ce dernier ouvrageNe lui soit plus aisé que de calmer leur rage :

Je les connais tous deux, et je répondrais bienQue leur cœur, cher Hémon, est plus dur que le mien.

Mais les dieux quelquefois font de plus grands miracles.