7
UT LES OUVRAGES 1)E RACINE,ses saintes comme il était pour les profanes : tout est beautout est grand, tout est écrit avec dignité. »
On est d’abord un peu étonné de cette admiration exagéréeque madame de Sévigné montre ici pour Estuer , après avoirparlé si froidement, pour ne pas dire si dédaigneusement, d'A.x-wiomaque, dellniTANmcus, de Bajazet, de Phèdre, etc., piè-ces très-supérieures à Estiier. Mais lorsqu’on se rappelle que,fidèle à ce qu’elle appelait ses vieilles admirations, elle écrivaità sa fille que « Racine n’irait pas loin , et que le goût en passe-rait comme celui du café, » on ne voit plus, dans la critiquecomme dans l’éloge, que le même défau t de tact et de jugement.
Quoiqu’EsTiiER offre de très-beaux détails, soutenus de cestyle enchanteur qui rend la lecture de Racine si délicieuse, ilfaut avouer que les applications particulières et malignes que lescourtisans firent de plusieurs vers de cette tragédie A certainsévénements du temps contribuèrent beaucoup au grand succèsqu’elle eut h la cour : mais le public, qui jugeait la pièce enelle-même, et dans l’opinion duquel ces applications, bonnesou mauvaises, ne pouvaient ajouter à l’ouvrage ni une beauténi un défaut, ne lui fut pas aussi favorable qu’on l’avait été iiVersailles, et l’on convient généralement aujourd’hui que le pu-blic eut raison.
Deux ans après, Racine, flatté d’avoir réussi dans un genredont il était l’inventeur, et qui peut-être avait senti renaître enI ui le désir si naturel et si utile de la gloire, traita dans les mê-mes vues le sujet d’ATiiAUE. Mais le long silenco qu’il s’étaitimposé, et qui aurait dû lui faire pardonner sa réputation, n’a-vait pu encore désarmer l’envie : tous les ressorts les plus ac-tifs , et dont l’effet est le plus sûr lorsqu’on veut nuire, furentmis en mouvement; et Ton parvint enfin à jeter dans l’espritde madame de Maintenon des scrupules qui firent suppfirnerles spectacles de Saint-Cyr ; et atiiamb n’y fut point représen-tée. Racine la fit imprimer en 1G91 ; mais elle trouva peu delecteurs. On se persuada qu’une pièce faite pour des enfantsn’était bonne que pour eux ; et les gens du monde, qui crai-gnent l’ennui autant que la douleur, et qui, moins par défautde lumières que d’application, n’ont guère en général d’autressentiments que ceux qu’on leur inspire, suivirent le torrent, etcontinuèrent à dépriser Atiialie sans l’avoir lue.
Racine, étonné que le public reçût avec celte indifférenceun ouvrage qui aurait suffi pour l’immortaliser, s’imagina qu’il