320 LA RELIGION ET L'ENTHOUSIASME.
C’est manquer, ce me semble, tout-à-faitde respect à la Providence, que de nous sup-poser en proie à ces fantômes qu’on appelleles évènements : leur réalité consiste dans cequ’ils produisent sur l’ame, et il y a une éga-lité parfaite entre toutes les situations et toutesles destinées, non pas vues extérieurement,mais jugées d’après leur influence sur le per-fectionnement religieux. Si chacun de nousveut examiner attentivement la trame de sapropre vie, il y verra deux tissus parfaitementdistincts, l’un qui semble en entier soumisaux causes et aux effets naturels, l’autre dontla tendance tout-à-fait mystérieuse ne se com-prend qu’avec le temps. C’est comme lestapisseries de hautelisse, dont on travaille lespeintures à l’envers, jusqu’à ce que, mises enplace, on en puisse juger l’effet. On finitpar apercevoir même dans cette vie pourquoil’on a souffert, pourquoi l’on n’a pas obtenuce qu’on désiroit. L’amélioration de notrepropre cœur nous révèle l’intention bienfai-sante qui nous a soumis à la peine ; cariesprospérités de la terre auroient même quelquechose de redoutable si elles tomboient sur nousaprès que nous nous serions rendus coupablesde grandes fautes : on se croiroit alors aban-