DE LA DISPOSITION ROMANESQUE, ETC. 231
le cœur peut faire souffrir, et les meilleuresgens du monde sont souvent lourds et stupidesà cet égard : ils vont à travers les sentiments,comme s’ils marchoient sur des fleurs, ens’étonnant de les flétrir. N’y a-t-il pas deshommes qui n’admirent pas Raphaël, qui en-tendent la musique sans émotion, à qui l’océanet les cieux ne paroissent que monotones ?Comment donc comprendroient-ils les oragesde l’ame ?
Les caractères même les plus sensibles nesont-ils pas quelquefois découragés dans leursespérances ? ne peuvent-ils pas être saisis parune sorte de sécheresse intérieure, comme sila Divinité se retiroit d’eux ? Ils n’en restentpas moins fidèles à leurs affections ; mais iln’y a plus de parfums dans le temple, plus demusique dans le sanctuaire, plus d’émotiondans le cœur. Souvent aussi le malheur com-mande de faire taire en soi-même cette voixdu sentiment, harmonieuse ou déchirante selonqu’elle s’accorde ou non avec la destinée. Ilest donc impossible de faire un devoir de lasensibilité, car ceux qui l’éprouvent en souf-frent assez pour avoir souvent le droit et ledésir de la réprimer.
Les nations ardentes ne parlent de la sen-Q 4