180 LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.
Ce n’est pas sans motifs, cependant, qu’onmet tant d’importance à fonder la morale surl’intérêt personnel : on a l’air de ne soutenirqu’une théorie, et c’est en résultat une com-binaison très ingénieuse pour établir le jougde tous les genres d’autorité. Nul homme,quelque dépravé qu’il soit, ne dira qu’il nefaut pas de morale ; car celui même qui seroitle plus décidé à en manquer voudroit encoreavoir affaire à des dupes qui la conservassent.Mais quelle adresse d’avoir donné pour base àla morale la prudence ! quel accès ouvert àl’ascendant du pouvoir, aux transactions dela conscience, à tous les mobiles conseils desévènements !
Si le calcul doit présider à tout, les actionsdes hommes seront jugées d’après le succès ;l’homme dont les bons sentiments ont causéle malheur sera justement blâmé; l’hommepervers mais habile sera justement applaudi.Enfin les individus ne se considérant entre euxque comme des obstacles ou des instruments,ils se haïront comme obstacles, et ne s’esti-meront plus que comme moyens. Le crimemême a plus de grandeur, quand il tient audésordre des passions enflammées, que lors-qu’il a pour objet l’intérêt personnel ; com-ment donc pourroit-on donner pour principe