DU GOUT.
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que, quelque ingénieuse qu’elle soit, ne peutaller contre les répugnances des sensations,comme aucune poétique des convenances nesauroit empêcher les émotions involontaires.Les écrivains allemands les plus spirituelsauroient beau soutenir que, pour compren-dre la conduite des filles du roi Lear enversleur père, il faut montrer la barbarie destemps dans lesquels elles vivoient, et tolérerque le duc de Cornuailles, excité par Ré-gane, écrase avec son talon, sur le théâtre,l’œil de Glocester : notre imagination se ré-voltera toujours contre ce spectacle, et de-mandera qu’on arrive à de grandes beautéspar d’autres moyens. Mais les Françaisaussi dirigeroient toutes leurs critiques litté-raires contre la prédiction des sorcières deMacbeth, l’apparition de l’ombre de Ban-quo, etc., qu’on n’en seroit pas moinsébranlé jusqu’au fond de lame par les terri-bles effets qu’ils voudraient proscrire.
On ne sauroit enseigner le bon goût dansles arts comme le bon ton en société ; car lebon ton sert à cacher ce qui nous manque,tandis qu’il faut avant tout dans les arts unesprit créateur : le bon goût ne peut tenirlieu du talent en littérature, car la meilleure