DES POEMES ALLEMANDS. 299
français et italien : mais ce qu’ils ont fait nevaut guère la peine d’être cité ; et si la litté-rature allemande n’avoit pas pris un carac-tère à elle, sûrement elle ne feroit pas époquedans l’histoire des beaux-arts. C’est à laMessiade de Klopstock qu’il faut fixerl’époque de la poésie en Allemagne.
Le héros de ce poème, selon notre lan-gage mortel, inspire au même degré l’admi-ration et la pitié, sans que jamais l’un deces sentiments soit affaibli par l’autre. Unpoète généreux a dit, en parlant de LouisXVI:
Jamais tant de respect n’admit tant de pitié, (l)
Ce vers si touchant et si délicat pourroitexprimer l’attendrissement que le Messiefait éprouver dans Klopstock. Sans doutele sujet est bien au-dessus de toutes lesinventions du génie; il en faut beaucoupcependant pour montrer avec tant de sensi-bilité l’humanité dans l’être divin, et avectant de force la divinité dans l’être mortel.Il faut aussi bien du talent pour exciter l’in-térêt et l’anxiété dans le récit d’un évène-
(1) M. de Sabran.