LESSING ET WINCKELMANN.
243
est telle qu'il doit être mis au premier rangdes écrivains allemands.
Cet homme, qui n’avoit connu d’abordl’antiquité que par les livres, voulut allerconsidérer ses nobles restes; il se sentit at-tiré vers le midi avec ardeur; on retrouveencore souvent dans les imaginations aile-mandes quelques traces de cet amour dusoleil, de cette fatigue du nord qui entraînales peuples septentrionaux dans les contréesméridionales. Un beau ciel fait naître dessentiments semblables à l’amour de la patrie.Quand Winckelmann, après un long séjouren Italie, revint en Allemagne, l’aspect de laneige, des toits pointus qu’elle couvre, et desmaisons enfumées, le remplissoit de tristesse.Il lui sembloit qu’il ne pouvoit plus goûterles arts, quand il ne respiroit plus l’air quiles a fait naître. Quelle éloquence contem-plative dans ce qu’il écrit sur l’Apollon duBelvédère, sur le Laocoon ! Son style estcalme et majestueux comme l’objet qu’ilconsidère. Il donne à l’art d’écrire l’impo-sante dignité des monuments, et sa descrip-tion produit la même sensation que la statue.Nul, avant lui, n’avoit réuni des observa-tions exactes et profondes à une admiration
k 2