DE L’ALLEMAGNE DU NORÔ.
123
plus intimes ; les intérêts les plus graves,comme les moindres plaisirs, tout étoitde lapatrie ; tout n'en est plus. On ne rencontrepersonne qui puisse vous parler d’autre-fois,personne qui vous atteste l’identité des joursv passés avec les jours actuels ; la destinée re-commence, sans que la confiance des premi-ères années se renouvelle ; l’on change demonde, sans avoir changé de cœur. Ainsil’exil condamne à se survivre ; les adieux, lesséparations, tout est comme à l’instant de lamort, et l’on y assiste cependant avec lesforces entières de la vie.
J’étois, il y a six ans, sur les bords du Rhin,attendant la barque qui devoit me conduireà l’autre rive ; le temps étoit froid, le cielobscur, et tout me sembloit un présage fu-neste. Quand la douleur agite violemmentnotre ame, on ne peut se persuader que lanature y soit indifférente; il est permis àl’homme d’attribuer quelque puissance à sespeines ; ce n’est pas de l’orgueil, c’est de laconfiance dans la céleste pitié. Je m’inqui-étois pour mes enfants, quoiqu’ils ne fussentpas encore dans l’âge de sentir ces émotionsde l’ame qui répandent l’effroi sur tous lesobjets extérieurs. Mes domestiques français