DE L’ESPRIT DE CONVERSATION.
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nuieroit d’être seul de son avis comme d’êtreseul dans sa chambre.
On auroit tort d’accuser les Français deflatter la puissance par les calculs ordinairesqui inspirent cette flatterie; ils vont où toutle monde va, disgrâce ou crédit, n’importe:si quelques uns se font passer pour la foule,ils sont bien sûrs qu’elle y viendra réelle-ment. On a fait la révolution de France en1789 en envoyant un courrier qui, d’un vil-lage à l’autre, crioit: armez-vous, car le vil-lage voisin s’est armé, et tout le monde setrouva levé contre tout le monde, ou plutôtcontre personne. Si l’on répandoit le bruitque telle manière de voir est universellementreçue, l’on obtiendrait l’unanimité, malgréle sentiment intime de chacun; l’on segarderait alors, pour ainsi dire, le secret dela comédie, car chacun avouerait séparé-ment que tous ont tort. Dans les scrutinssecrets on a vu des députés donner leurboule blanche ou noire contre leur opinion,seulement parce qu’ils croyoient la majoritédans un sens différent du leur, et qu’ils nevoulaient -pas, disoient-ils, perdre leur voix.
C’est par ce besoin social de penser commetout le monde qu’on a pu s’expliquer