DE L’ASPECT DE L'ALLEMAGNE.
U
tion ne se presse pas plus dans le sol queles idées dans la tête des hommes, et queles sillons réguliers du laboureur y sont tracéssur une terre pesante.
Néanmoins, quand on a surmonté ces sen-sations irréfléchies, le pays et les habitantsoffrent à l’observation quelque chose d’inté-ressant et de poétique: vous sentez que desâmes et des imaginations douces ont embellices campagnes. Les grands chemins sontplantés d’arbres fruitiers, placés là pour ra-fraîchir le voyageur. Les paysages dont leRhin est entouré sont superbes presque par-tout; on diroit que ce fleuve est le génietutélaire de l’Allemagne; ses flots sont purs,rapides et majestueux comme la vie d’unancien héros: le Danube se divise en plu-sieurs branches; les ondes de l’Elbe et dela Sprée se troublent facilement par l’orage;le Rhin seul est presque inaltérable. Lescontrées qu’il traverse paroissent tout à lafois si sérieuses et si variées, si fertiles et sisolitaires, qu’on serait tenté de croire quec’est lui-même qui les a cultivées, et que leshommes d’à présent n’y sont pour rien. Cefleuve raconte, en passant, les hauts faitsdes temps jadis, et l’ombre d’Arminius sem-ble errer encore sur ces rivages escarpés.