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LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
on dit que Le Kain, quand il récitoit cevers, appuyoit sur chaque mot, comme pourrappeler à Hermione toutes les circonstancesde l’ordre qu’il avoit reçu d’elle. Ce seroitbien vis-à-vis d’un juge; mais quand il s’agitde la femme qu’on aime, le désespoir de latrouver injuste et cruelle est l’unique senti-ment qui remplisse l’ame. C’est ainsi queTalma conçoit la situation: un cri s’échappedu cœur d’Oreste; il dit les premiers motsavec force, et ceux qui suivent avec un abat-tement toujours croissant: ses bras tombent,son visage devient en un instant pâle commela mort, et l’émotion des spectateurs s’aug-mente à mesure qu’il semble perdre la forcede s’exprimer.
La manière dont Talma récite le mono-logue suivant est sublime. L’espèce d’inno-cence qui rentre dans l’ame d’Oreste pour ladéchirer lorsqu’il dit ce vers,
J’assassine à regret un roi que je révère,
inspire une pitié que le génie même de Ra-cine n’a pu prévoir toute entière. Les grandsacteurs se sont presque tous essayés dans lesfureurs d’Oreste; mais c’est là sur-tout quela noblesse des gestes et des traits ajoute sin-gulièrement à l’effet du désespoir. La puis-sance de la douleur est d’autant plus terrible