239
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
sauroit donner en français l’idée de sontalent à cet égard. Je me souviens, entreautres, dans une de ses tragédies tirée del’histoire de Pologne, de l’effet merveilleuxd’un chœur de jeunes ombres qui apparois-sent dans les airs: le poëte sait changerl’allemand en une langue molle et douceque ces ombres fatiguées et désintéresséesarticulent avec des sons à demi formés; tousles mots qu’elles prononcent, toutes lesrimes des vers sont pour ainsi dire vapo-reuses. Le sens aussi des paroles est admira-blement adapté à la situation ; elles peignentsi bien un froid repos, un terne regard; ony entend le retentissement lointain de la vie,et le pâle reflet des impressions effacées jettesur toute la nature comme un voile de nuages.
C)
S’il y a dans les pièces de Werner desombres qui ont vécu, on y trouve aussi quel-quefois des personnages fantastiques quisemblent n’avoir pas encore reçu l’existenceterrestre. Dans le prologue de Tarare deBeaumarchais, un génie demande à ces êtresimaginaires s’ils veulent naître; et l’un d’entreeux répond :—Je ne m’y sens aucun em-pressement.—Cette spirituelle réponse pour-rait s’appliquer à la plupart de ces figures