232
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
milieu des flammes qui ont consumé laville dAquilée; il s’assied sur les ruines despalais qu’il vient de renverser, et semble àlui seul chargé d’accomplir en un jourl’œuvre des siècles. Il a comme une sortede superstition envers lui-même, il est l’objetde son culte, il croit en lui, il se regardecomme l’instrument des décrets du ciel, etcette conviction mêle un certain systèmed’équité à ses crimes. Il reproche à scsennemis leurs fautes, comme s’il n’en avoitpas commis plus qu’eux tous ; il est féroce,et néanmoins c’est un barbare généreux ; ilest despote, et se montre pourtant fidèle àsa promesse; enfin au milieu des richessesdu monde il vit comme un soldat, et ne de-mande à la terre que la jouissance delà con-quérir.
Attila l’emplit les fonctions dé jugé dansla place publique, et là il prononce sur lesdélits portés devant son tribunal d’après uninstinct naturel, qui va plus au fond des ac-tions que les lois abstraites dont les déci-sions sont les mêmes pour tous les cas. IIcondamne son ami, coupable de parjure,l’embrasse en pleurant, mais ordonne qu’àl’instant il soit déchiré par des chevaux :