178
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
Méphistophélès déjoue l'esprit lui-même,comme le plus grand des ridicules, quand ilfait prendre un intérêt sérieux à quoi que cesoit au monde, et sur-tout quand il nousdonne de la confiance en nos propres‘forces.C'est une chose singulière que la méchancetésuprême et la sagesse divine s’accordent enceci; qu’elles reconnoissent également l’uneet l’autre le vide et la foiblesse de tout cequi existe sur la terre; mais l’une ne proclamecette vérité que pour dégoûter du bien, etl’autre que pour élever au-dessus du mal.
S’il n’y avoit dans la pièce de Faust quede la plaisanterie piquante et philosophique,on pourrait trouver dans plusieurs écrits deVoltaire un genre d’esprit analogue; mais onsent dans cette pièce une imagination d’unetoute autre nature. Ce n’est pas seulementle monde moral tel qu’il est qu’on y voitanéanti, mais c’est l’enfer qui est mis à saplace. Il y a une puissance de sorcellerie,une poésie du mauvais principe, un enivre-ment du mal, un égarement de la penséequi font frissonner, rire et pleurer tout à lafois. Il semble que, pour un moment, legouvernement de la terre soit entre les mainsdu démon. Vous tremblez parcequ’il est