10(5
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
méprisant la mort, bien qu’il la trouve hor-rible, Talbot, blessé par Jeanne d’Arc, meurtsur le théâtre en blasphémant. Peut-êtreeût-il mieux valu suivre la tradition, qui ditque Jeanne d’Arc n’avoit jamais versé lesang humain, et triomphoit sans tuer. Uncritique, d’un goût pur et sévère, a reprochéaussi à Schiller d’avoir montré Jeanne d’Arcsensible à l’amour, au lieu de la faire mourirmartyre sans qu’aucun sentiment l’eût jamaisdistraite de sa mission divine: c’est ainsiqu’il auroit fallu la peindre dans un poëme;mais je ne sais si une ame tout-à-fait saintene produirait pas dans une pièce de théâtrele même effet que des êtres merveilleux ouallégoriques, dont on prévoit d’avance toutesles actions, et qui, n’étant point agités parles passions humaines, ne nous présententpoint le combat ni l’intérêt dramatique.
Parmi les nobles chevaliers de la cour deFrance, le preux Dunois s’empresse le pre-mier à demander à Jeanne d’Arc de l’épouser,et, fidèle à ses vœux, elle le refuse. Un jeuneMontgommery, au milieu d’une bataille, lasupplie de l’épargner, et lui peint la douleurque sa mort va causer à son vieux père ;Jeanne d’Arc rejette sa prière,et montre dans