LES BRIGANDS ET DON CARLOS DE SCHILLER. 35
l’existence est pour lui comme une sorte dedélire qui s’exalte tantôt par la fureur ettantôt par le remords.
Les scènes d’amour entre la jeune fille etle chef des brigands qui devoit être sonépoux sont admirables d’enthousiasme et desensibilité; il est peu de situations plus tou-chantes que celle de cette femme parfaite-ment vertueuse, s’intéressant toujours aufond du cœur à celui qu’elle aimoit avantqu’il se fût rendu criminel. Le respectqu’une femme est accoutumée de ressentirpour l’homme qu’elle aime se change en unesorte de terreur et de pitié, et l’on dirait quel’infortunée se flatte encore d’être, dans leciel, l’ange protecteur de son coupable ami,alors qu’elle ne peut plus devenir son heu-reuse compagne sur la terre.
On ne peut juger de la pièce de Schillerdans la traduction française. On n’y a con-servé, pour ainsi dire, que la pantomime del’action; l’originalité des caractères a dis-paru, et c’est elle qui seule peut rendre unefiction vivante; les plus belles tragédies de-viendraient des mélodrames si l’on en ôtoit•la peinture animée des sentiments et despassions. La force des évènements ne suffit