DES DRAMES DE LESSING. 23
dont la ressemblance n’est ni délicate nifrappante.
Emilia Galotti n’est que le sujet de Virgi-nie transporté dans une circonstance moderneet particulière ; ce sont des sentiments tropforts pour le cadre,c’est une action trop éner-gique pour qu’on puisse l’attribuer à un nominconnu. Lessing avoit sans doute un senti-ment d’humeur assez républicain contre lescourtisans, car il se complaît dans la pein-ture de celui qui veut aider son maître àdéshonorer unejeune fille innocente; ce cour-tisan Martinelli est presque trop vil pour lavraisemblance, et les traits de sa bassessen’ont pas assez d’originalité : l’on sent queLessing l’a représenté ainsi dans un but hos-tile, et rien ne nuit à la beauté d’une fictioncomme une intention quelconque qui n’a pascette beauté même pour objet. Le person-nage du prince est traité par l’auteur avecplus de finesse; les passions tumultueuses etla légèreté de caractère, dont la réunion estsi funeste dans un homme puissant, se fontsentir dans toute sa conduite ; un vieux mi-nistre lui apporte des papiers parmi lesquelsse trouve une sentence de mort: dans son im-patience d’aller voir celle qu’il aime, le prince