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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
entiers aux plus implacables insectes humains; j’écou-tais avec calme, et mes soupirs intérieurs n’étaient en-tendus que de lui, qui récompense la vertu.
Et puis la prudence pratique nous recommande aussidetre honnête et de ne point garder un silence offen-sant, ni de rien répondre de fâcheux, quand, par aven-ture , un spongieux conseiller de commerce ou un secdébitant de fromage s’attache à nous et commence uneconversation généralement européenne par ces mots :— Nous avons aujourd’hui une belle température. Onne peut savoir où l’on se retrouvera avec un semblablePhilistin, et il peut nous faire payer bien cher de ne luiavoir pas répondu poliment : — La température est fortbelle. 11 peut même arriver, cher lecteur, que tu viennesà t’asseoir à table d’hôte, à Cassel,à la gauche duditPhilistin, et qu’il ait justement devant M et serve avecune amabilité charmante le plat de carpes au brun. Qu'ilconserve une vieille dent contre toi, et l’assiette fera letour de la table sans qu’il t’arrive le plus petit reste dequeue: car, hélas! tu es justement le treizième à latable, ce qui est toujours inquiétant lorsque tu es àgauche du découpeur, et qu’on commence à servir parla droite. Et ne pas avoir de carpe est un grand malheur,peut-être le plus grand après celui d’être condamné àperdre la cocarde prussienne. Le Philistin qui te joue cetour se moque de toi par-dessus le marché, et t’offre lesauriers qui restent nageant dans la sauce noire : hélas Ià quoi servent les lauriers, quand il ne s’y joint point