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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

vers le ciel ; et toute la Grande-Bretagne fêta en JennyLind la gazouillante virginité, le pucelage chantant. Voilàla clef, nous l’avouons franchement, de l’enthousiasmeincompréhensible et fabuleusement colossal, que JennyLind a trouvé en Angleterre, et qu’elle sait aussi, soit ditentre nous, très-bien exploiter. Elle ne chante, disait-on,que pour pouvoir bientôt se départir à jamais du métiermondain de cantatrice, où elle veut seulement gagner ladot nécessaire pour épouser un jeune ecclésiastiqueprotestant, le pasteur Swenske qui, dans l’intervalle,l’attend avec une fidélité toute pastorale dans son pres-bytère idyllique derrière Upsala, je crois, à gauche de lagrande route, en tournant du côté des tilleuls qui con-duisent à un moulin à vent. Depuis, il est vrai, quelquesvoix prétendent que le jeune pasteur Swenske n’existepas, qu’il n’est qu’un mythe Scandinave, et que le véri-table fiancé de la virginité chantante est un vieux ca-botin du théâtre de Stockholm — mais c’est sans douteune calomnie. L’esprit de chasteté de cette prima donnaimmacwlata se révèle de la façon la plus ravissantedans sa répugnance pour Paris, la Sodome moderne,répugnance qu’elle manifeste à chaque occasion pour laplus grande édification de toutes les dames patronessesde la moralité au delà de la Manche. Jenny a fait vœude la manière la plus positive, de n’exposer jamais surles planches perverses de la rue Lepelletier sa vir-ginité chantante; elle a refusé définitivement toutesles offres que M. Léon Pillet lui fit faire par les plus