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ŒUVRES DE 1IENRI HEINE.
de bruit que Jenny Lind. Les nouvelles qui nous par-viennent d’Angleterre à ce sujet, frisent l’incroyable.Dans les journaux ne retentissent que coups de trom-pette et fanfares de triomphe; nous n’entendons chanterque des dithyrambes pindariques. Un de mes amis m’araconté que dans telle ville d’outre-Manche toutes lescloches furent sonnées, lorsque le rossignol suédois ylit son entrée; l’évêque de l’endroit célébra cet événe-ment par un sermon qu’il prononça dans l’église métro-politaine. Revêtu de son costume épiscopal anglican, quiressemble assez à la livrée de croque-mort d’un employédes pompes funèbres, il monta en chaire et salua solen-nellement la nouvelle arrivée de Jenny Lind comme unrédempteur en jupons, comme la vertu incarnée, qui se-rait descendue du ciel pour sauver ce pauvre monde parson chant, et pour racheter notre âme de tout péché parsa voix céleste, tandis que les autres cantatrices, disait-il,n’étaient qu’autant de diablesses qui, par leurs fredons,leurs trilles et leurs roulades impies, nous entraînent dansl’abomination et la damnation, dans la gueule de Satan.Les Italiennes Grisi et Persiani vont sans doute mainte-nant, à force d’envie et d’aigreur, devenir jaunes commedes serins des Canaries, tandis que notre Jenny, le rossi-gnol suédois, voltige d’un triomphe à l’autre. Je dis notreJenny, car au fond le rossignol suédois, notre Jenny, nereprésente pas exclusivement la petite Suède, mais ellereprésente toutes les populations de race germanique,les descendants des Cirnbres aussi bien que ceux des