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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
des droguistes avides de plaisirs, des épiciers de toutesles couleurs, qui étaient allés voir à Versailles le spec-tacle des grandes eaux, et qui, au lieu de rentrer àParis où leur dîner était déjà servi, arrivèrent tout àcoup dans l’empire de Pluton ! Et tout ce monde étaithaché, bouilli, frit et braisé ! «Est-ce la guerre qui vousa arrangés de la sorte? »—«Ilélas! non, devait être leurréponse, non, nous avions la paix, et nous venions jus-tement d’une partie de plaisir, nous venions de voirjouer les eaux. » De même, les pompiers et les citadinsrôtis qui survinrent de Hambourg quelques jours plustard, durent exciter un grand étonnement au bord duStyx. «Êtes-vous les victimes du dieu de la guerre?»telle fut sans doute la question avec laquelle on les reçut.« Mon dieu non, notre république est en paix avec lemonde entier, le temple de Janus était fermé chez nous,l’échoppe de Bacchus se trouvait seule ouverte, et noussavourions avec un bonheur tranquille nos soupes àl’anguille, la plus délicieuse de toutes les soupes, lorsqueéclata tout à coup le grand feu où nous avons péri. »— « Et vos célèbres pompes à incendie? » — « Elles sontsauvées, seulement leur célébrité est perdue. » — « Etles vieilles perruques? » — a Elles renaîtront des cendrescomme des phénix anséatiques. » Le lendemain, pendantque Hambourg flamboyait encore, eut lieu le tremble-ment de terre à Haïti, et les pauvres noirs furent lancéspar milliers dans les ténèbres du Tartare. Lorsqu’ils yarrivèrent, dégouttants de sang, les curieux de ce pays