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Lutèce : lettres sur la vie politique, artistique et sociale de la France
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sculpture, et celle-ci indique déjà une subjugation exté-rieure de la matière : l’esprit cisela dans la pierre uneimmatérialité à demi conçue dans ses pressentiments.Mais l’esprit vint à trouver la pierre bien trop dure pourses besoins toujours croissants de révélation morale, etil choisit la couleur, l’ombre colorée, pour représenterun monde d’amour et de souffrance, à la fois illuminéet crépusculaire. C’est alors que naquit la grande époquede la peinture, qui se déploya avec tant d’éclat à la findu moyen âge. Avec les progrès de l’esprit vers la con-science de lui-même, tout talent plastique disparaîtchez les hommes; même le sens de la couleur, qui estencore lié par des contours déterminés, s’efface à la fin,et la spiritualité perfectionnée, la pensée abstraite, ima-gine des sons et des accords pour exprimer ou plutôtpour bégayer une sublimité de sentiments, qui n’estpeut-être rien autre que la dissolution de tout le mondeeorporel : la musique pourrait bien être le dernier motde l’art, comme la mort est le dernier mot de la vie.

J’ai communiqué ici cette courte observation, afind’indiquer pourquoi la saison musicale m’effraie plutôtqu’elle ne me réjouit. Le fait qu’on se noie pour ainsidire à Paris dans des flots de musique, qu’il n’y a presquepas une seule maison où l’on puisse se sauver commedans une arche de Noé devant ce déluge sonore, enfinque le noble art musical inonde notre vie entière ; — cefait est pour moi un signe inquiétant, et j’en ressensparfois un déplaisir qui dégénère en injustice grondeuse