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ŒUVRES DE HENRI HEINE,
indispensable, attendu qu’on le croit en possession del’art de conjurer aussi tous les dangers qu’il aura lui-même provoqués? Ou cherche-t-il dans le bonapartismeun refuge brillant pour le cas qu'il soit forcé de rompreun jour complètement avec l’orléanisme? Je ne crois nil’un ni l’autre. M. Thiers sait très-bien que, s’il serejetait dans l’opposition et qu’il aidât à renverser letrône actuel, les républicains s’empareraient du pouvoiret lui sauraient mauvais gré de son bon service; dansle cas le plus favorable, ils le pousseraient doucementde côté. Trébuchant sur ces grossières bûches de vertu,il pourrait facilement se casser le cou, et être hué par-dessus le marché. Il n’aurait, il est vrai, rien de pareilà redouter du bonapartisme, s’il aidait à le rétablir.Et il serait plus aisé de fonder de nouveau en France unrègne de bonapartistes qu’une république.
Les Français, dépourvus de toutes les qualités répu-blicaines , sont bonapartistes par nature. Ils aiment laguerre pour la guerre; même au milieu de la paix, leurvie n’est que combat et que bruit; les vieux commeles jeunes aiment à se divertir avec le son du tambouret la fumée de la poudre, avec toute sorte de jouetsd’éclat.
C’est en flattant le penchant naturel des Français pourle bonapartisme, que Thiers a gagné parmi eux lapopularité la plus extraordinaire. Ou bien est-il devenupopulaire parce qu’il est lui-même un petit Napoléon,comme l’a appelé dernièrement le correspondant d'un