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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
bien il n’y aura que des hommes malades, des hommesdont l’harmonie vitale a été troublée, qui rêveront alors.Les Grecs et les Romains ne rêvaient que légèrement etrarement : un songe fort et puissant était un événementpour eux, et on le consignait dans les livres d’histoire.L’ère des véritables songes ne se trouve guère que chezles anciens Juifs, et elle atteignit sa plus haute splen-deur chez ces Juifs modernes que nous nommonschrétiens. Nos descendants frémiront quand ils liront unjour quelle exfetence de fantômes nous avons menée,comme l’homme était partagé chez nous, et ne jouissaitque d’une moitié de sa vie. Notre époque (et elle com-mence à la croix du calvaire) sera considérée comme unegrande période morbide de l’humanité.
Et cependant quels doux rêves nous avons pu faire !Nos descendants le comprendront à peine. Autour denous s’évanouissaient toutes les magnificences dumonde, et nous les retrouvions dans l’intérieur de notreâme... Dans notre âme se réfugiait le parfum de rosesdédaigneusement foulées aux^ pieds, et le chant des ros-signols effarouchés...
Moi, je sais tout cela, et je meurs de ces secrètes an-goisses et des affreuses jouissances de notre époque.Quand je me déshabille le soir, que je me mets au lit,que je m’y étends tout de mon long, et que je me couvrede draps blancs, il m’arrive plus d’une fois de frissonnerinvolontairement et de m’imaginer que je suis un ca-davre, et que je m’ensevelis de mes propres mains. Alors