LE NOUVEAU MINISTÈRE
J’ai fait l’été dernier, à Bedlam, la connaissance d’unphilosophe qui, avec des clignotements mystérieux, età demi-voix, m’a donné d’excellentes et importantesexplications sur l’origine du mal. Comme beaucoupd’autres philosophes de ses collègues, il pensait aussi,lui, qu’on devait à cet égard admettre quelque chosed’historique. Moi, je penchais volontiers vers cet avis, etj’expliquai l’origine du mal par ce fait que le bon Dieuavait créé trop peu d’argent.
— Bien parlé ! répondit mon philosophe; le bon Dieuavait le gousset vide quand il créa le monde. 11 fut obligéd’emprunter à cet effet de l’argent au Diable, auquel ilassigna comme hypothèque toute la création. Commele bon Dieu, de par Dieu et la justice, lui doit encoreles frais du monde, il ne peut, par délicatesse, lui dé-fendre d’y rôder partout, et d’y semer le désordre et lemal. Mais, de son côté, le Diable est fort intéressé à ceque le monde ne périsse pas tout entier, ce qui lui feraitperdre son hypothèque; donc, il se garde bien d’y