XI
Du sublime au ridicule il n’y a qu’un pas, madame !
Mais la vie est si fatalement sérieuse, qu’elle ne seraitpas supportable sans cette alliance du pathétique et ducemique. Nos poètes savent cela. Aristophane ne nousmontre les plus épouvantables images du délire humainque dans le riant miroir de la raillerie ; le grand dés-espoir du penseur qui comprend sa propre nullité,Goethe ne se hasarde à le montrer que dans les vers bur-lesques d’un jeu de marionnettes, et Shakspeare placeles plus tristes complaintes sur les malheurs de l’huma-nité dans la bouche d’un fou, pendant qu’il fait sonnerjoyeusement ses grelots.
Ils ont tous pris modèle sur le grand poète primitif,qui, dans sa tragédie universelle aux mille actes, apoussé à l’extrême cet humor, comme nous le voyonstous les jours. Après le départ des héros viennent lesClowns et tes Graciosos, avec leurs bonnets de fous etleur marotte ; après les scènes sanglantes de la répu-blique et les hauts faits de l’empereur, reparaissent lesgros Bourbons, avec leurs vieilles facéties légitimes etleurs mauvais bons mots, et gracieusement gambade lavieille noblesse avec son sourire affamé, et, derrière, les