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1 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

jembrasse dans une ardeur amoureuse les arbres et lesstatues de pierre, et ils saniment sous mes baisers.Chaque femme est pour moi le don dun monde entier;je nage dans les mélodies enchanteresses de ses traits,et dun seul de mes regards je la possède plus quedautres avec toute leur puissance pendant toute leurvie. Car chaque instant est pour moi une éternité. Je nemesure point le temps avec laune de Brabant ni avec lapetite aune de Hambourg, et nai point besoin de me fairepromettre par un prêtre une seconde vie, puisque jaidéjà assez à jouir en celle-ci, quand je vis en arrière,dans la vie des ancêtres, et que je me conquiers uneéternité dans lempire du passé.

Je vis ! Lartère de la nature fait battre ma poitrine,et quand je respire avec joie, des milliers déchos merépondent. Jentends les voix de mille rossignols. Leprintemps les envoie pour tirer la terre de son sommeil,et la terre frissonne de plaisir; ses fleurs sont deshymnes que, dans son enthousiasme, elle chante ausoleil... Le soleil se meut trop lentement; je voudraisfouetter ses chevaux de feu afin quils sélançassent avecplus dardeur. Mais lorsquil se plonge dans la mer, etque la puissante nuit sélève avec ses yeux pleins dedésirs, oh! alors un bonheur inouï me pénètre... Lesvents du soir se jouent contre mon cœui rugissantcomme des jeunes filles caressantes; les astres map-pellent à eux, et je mélève, et je mélance au-dessus decette petite terre et des petites pensées des hommes.