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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
j’embrasse dans une ardeur amoureuse les arbres et lesstatues de pierre, et ils s’animent sous mes baisers.Chaque femme est pour moi le don d’un monde entier;je nage dans les mélodies enchanteresses de ses traits,et d’un seul de mes regards je la possède plus qued’autres avec toute leur puissance pendant toute leurvie. Car chaque instant est pour moi une éternité. Je nemesure point le temps avec l’aune de Brabant ni avec lapetite aune de Hambourg, et n’ai point besoin de me fairepromettre par un prêtre une seconde vie, puisque j’aidéjà assez à jouir en celle-ci, quand je vis en arrière,dans la vie des ancêtres, et que je me conquiers uneéternité dans l’empire du passé.
Je vis ! L’artère de la nature fait battre ma poitrine,et quand je respire avec joie, des milliers d’échos merépondent. J’entends les voix de mille rossignols. Leprintemps les envoie pour tirer la terre de son sommeil,et la terre frissonne de plaisir; ses fleurs sont deshymnes que, dans son enthousiasme, elle chante ausoleil... Le soleil se meut trop lentement; je voudraisfouetter ses chevaux de feu afin qu’ils s’élançassent avecplus d’ardeur. Mais lorsqu’il se plonge dans la mer, etque la puissante nuit s’élève avec ses yeux pleins dedésirs, oh! alors un bonheur inouï me pénètre... Lesvents du soir se jouent contre mon cœui rugissantcomme des jeunes filles caressantes; les astres m’ap-pellent à eux, et je m’élève, et je m’élance au-dessus decette petite terre et des petites pensées des hommes.