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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
une paire de beaux pistolets exposés dans la montre.Je m’en souviens encore très-bien, ils étaient placés àcôté de riants joujoux en nacre et or, de cœurs de fersuspendus à des chaînes d’or, de tasses de porcelaineavec de tendres devises, de tabatières à jolies peintures :par exemple, la divine histoire de Susanne, Léda avecle cygne, l’enlèvement des Sabines, Lucrèce, grossevertu, le sein nu, et se frappant avec un poignard, aprèscoup, la belle Féronnière, enfin tous visages séduc-teurs... Mais je n’en achetai pas moins les pistolets, sans.beaucoup marchander, j’achetai aussi de la poudre etdes balles; je m’en fus ensuite à la taverne du signorZampetto, et me fis apporter des huîtres et un grandverre de vin du Rhin.
Je ne pouvais manger, je pouvais encore moins boire.Des larmes brûlantes tombèrent dans le verre, et dansce verre je vis ma douce patrie, le Gange sacré aux eauxbleues, l’Himalaya éternellement resplendissant, lesgigantesques forêts de bananiers, où passaient aveccalme les prudents éléphants et les blancs pèlerins; desfleurs, étranges comme les produits d’un rêve, me re-gardaient avec une pitié secrète, de merveilleux oiseauxau plumage d’or criaient leur joie, les rayons du soleilet les singes lutins se jouaient autour de moi, des loin-taines pagodes arrivaient les pieuses harmonies desprières sacerdotales, et, au travers de ces bruits, domi-nait la voix douloureusement plaintive do la sultane deDelhi... Sur les tapis de son harem elle courait comme