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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
fatale chanson, avec une mélodie encore plus fatale.— Ah ! ce n’est que dans l’enfer qu’on entend cettemélodie.. .
Vous pouvez vous figurer comment ofl vit dans leciel, madame, d’autant plus que vous êtes mariée. Là,on s’amuse d’une façon vraiment exquise, on a tous lesdivertissements possibles, on passe ses jours dans lajoie et les plaisirs, absolument comme Dieu en France.On dîne du matin au soir, les volailles rôties volent çàet là, la saucière au bec, et se sentent très-flattées lors-qu’on veut bien les prendre; des tourtes au beurre,dorées, poussent droites comme des tournesols; partoutdes ruisseaux de bouillon et du vin de Champagne;partout des arbres auxquels flottent des serviettes ; onmange, on s’essuie la bouche, et l’on mange de nouveausans fatiguer son estomac. On chante des psaumes, oul’on joue et l’on badine avec les tendres petits anges, oul’on va se promener sur la verte prairie de l’Alléluia, etles belles robes blanches flottantes vous habillent commo-dément, vous parent à merveille, et rien ne trouble votresérénité. Nulle douleur, pas un déplaisir, même lors-qu’un autre marche par hasard sur les cors de vos pieds,et vous dit : — Excusez ! vous lui répondez en souriantet avec satisfaction : — Tu ne m’as point fait mal, frère;au contraire, mon corps en a ressenti une plus douce etplus céleste volupté.
Mais de l’enfer, madame, vous n’en avez aucune idée.