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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
qu’à Berlin l’apparence étant la chose la plus impor-tante, ce règne de la fiction doit surtout établir sontrône sur les planches, et qu’il faut, en conséquence,que l’intendance royale des spectacles prenne biengarde à la couleur de la barbe avec laquelle tel rôle estjoué, à la fidélité du costume qui est dessiné par deshistoriographes assermentés, et cousu par des tailleurssavants. Et cela est bien nécessaire. Car, si Marie Stuartportait par hasard une jupe du temps de la reine Anne,le banquier Christian Gumpel se plaindrait à bon droitqu’on lui ôte toute illusion; et si lord Burleigh avaitmis par mégarde les culottes de Henri IV, certainementmadame la conseillère de guerre de Steinzopf, née Li-lienthau, ne perdrait pas de vue cet anachronisme pen-dant toute la soirée. Cette recherche d’illusion de lapart de l’intendance n’a pas seulement pour objet lesjupes et les culottes, mais comprend aussi les person-nes qui s’y trouvent enveloppées. Ainsi Othello doit, àl’avenir, être représenté par un nègre véritable, dontle professeur Lichtenstein a fait à cet effet la commandeen Afrique. Dans Misanthropie et Repentir, le rôled’Eulalie sera joué désormais par une vraie femme per-due, celui de Pierre par un sot de nature, et l’inconnupar un mari réellement trompé, personnage qu’onn’aura pas besoin cette fois de faire venir d’Afri-que. Si le susdit jeune homme avait mal compris lethéâtre tragique de Berlin, il avait moins encore de-viné que l’Opéra et la musique de Spontini, avec