DE l’ALLEMAGNE.
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de la pensée. Cependant Luther ne nousdonna pas seulement la liberté de nos mouve-mens, mais aussi les moyens de nous mouvoir.Il donna un corps à l’esprit ; a la pensée, ildonna la parole. Il créa la langue allemande.
Cela se fit en traduisant la Bible.
L’auteur divin de ce livre paraît avoir su ,aussi bien que nous autres, que le choix d’untraducteur n’est pas du tout une chose indiffé-rente. Il créa lui-même le sien, et le doua dela faculté merveilleuse de faire passer son œu-vre d’une langue qui était dès long-temps morteet enterrée dans une autre langue qui étaitencore à naître.
On possédait, il est vrai, la Vulgate, qu’oncomprenait, et les Septante, qu’on commen-çait à comprendre ; mais la connaissance del’hébreu était complètement perdue dans lemonde chrétien. Les Juifs seuls, qui se te-naient cachés çà et là, dans un coin de cemonde, conservaient encore les traditions dece langage. Comme un fantôme qui garde untrésor qu’on lui a confié lorsqu’il était vivant,cette nation égorgée, ce peuple-spectre retirédans ses ghettos obscurs, y conservait la Biblehébraïque ; et l’on voyait les savans allemands