358 OEUVRES DE HENRI HEINE
taient, où résonnaient gentiment toutes sortes degrelots et de clochettes; sur le devant, à de petiteschaînes d’argent, étaient suspendus des écussonsenrichis de pierreries. Le chantre prit le livre, etcomme si c’eût été réellement un enfant, un enfantpour lequel on a souffert et qu’on en chérit davan-tage, il le berça dans ses bras, se mit à danseravec lui de côté et d’autre, le pressa contre sa poi-trine, puis, frissonnant à ce contact, lança dans sapieuse ivresse un tel cantique d’actions de grâcesque la belle Sara, ravie elle-même en extase, crutvoir les colonnes de l’arche sainte commencer às’épanouir, les feuilles et les fleurs merveilleusesdes chapiteaux grandir, grandir toujours, les rou-lades du dessus se changer en autant de rossignols,les voûtes de la synagogue se briser sous les sonsformidables de la basse, et les divines béatitudess’épancher sur la foule du fond de l’azur céleste.C’était un beau psaume; l’assistance répéta enchœur le dernier verset, et le chantre, le livresacré à la main, s’avança d’un pas lent vers la tri-bune élevée au milieu de la synagogue, tandis queles hommes et les jeunes garçons se pressaient au-tour de lui pour baiser ou pour toucher seulement