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OEUVRES DE HENRI HEINE
extérieurement aux usages chrétiens, et s’était imbudes opinions des libres penseurs, comme ces Juifsd’Espagne qui étaient parvenus alors à un degré deculture extraordinaire; mais dans leur for intérieurces rusés compères croyaient très-peu à la véritédes bruits auxquels ils faisaient allusion. Car la viedu Rabbin, depuis son retour d’Espagne, était ex-trêmement pure, pieuse et pleine de gravité ; il ac-complissait avec une exactitude poussée jusqu’auscrupule les- pratiques les plus minutieuses de sareligion, jeûnant tous les lundis et tous les jeudis,ne mangeant de la viande et ne buvant du vin queles jours de sabbat et les jours de fête. Ses journéess’écoulaient dans la prière et l’étude; le jour il ex-pliquait la loi divine au milieu des disciples quelui attirait la célébrité de son nom, et la nuitil contemplait les astres du ciel ou les yeux de labelle Sara. Le Rabbin n’avait pas d’enfants; cepen-dant la vie et le mouvement ne manquaient pas au-tour de lui. Le grand salon de sa maison qui setrouvait à côté de la synagogue était ouvert à toutela communauté; on y entrait et on en sortait sansfaçons; on y faisait de courtes prières, on venait ychercher les nouvelles du jour ; on y tenait conseil