82 OEUVRES I)E HENRI HEINE
leur bâton de voyage, la croyance de nos pères.
ALMANSOR.
Là où le pied de Tarik prit terre en ce pays, nousnous embarquâmes à la hâte pour Maroc, où lesmeilleurs de notre peuple avaient cherché un refuge.Hélas ! à peine^arrivée au port, ma mère mourutet coucha dans le tombeau sa tête fatiguée.
HASSAN.
Transplanté par une main brutale sur le solétranger, le lis délicat devait se flétrir.
ALMANSOR.
Vêt-us d habits de deuil, nous repartîmes. Nousnous étions réunis à ces caravanes qui font pieuse-ment le pèlerinage de la sainte Mecque. A Yémen,dans le pays de nos frères, Abdullah ferma aussi sesyeux noyés de larmes, et s’endormit ici-bas pouraller chercher la patrie où il n’y a point de Ximé-nès, point de dona Isabelle.
HASSAN.
Et n’y a-t-il donc en Arabie aucun lieu où l’onpuisse pleurer son père trépassé ?
ALMANSOR.
Obi si tu connaissais le tourment du cœur sansrepos que d'invisibles lanières de flammes fouet-
1
s