XLIV
admettre dans cettte correspondance un système suivid'hypocrisie, pour donner le change aux comtes de Nas-sau, comme le prétend M. Du Mortier, nous ne le pou-vons pas. 11 y aurait fallu un accord préalable avec sonépouse même, pour que celle-ci ne se méprit point ausens des paroles de son mari; mais un tel accord étaitde toute impossibilité, parce que Rubens avait été enlevé parsurprise et tenu rigoureusement au secret. Je suis convaincuque, découragé qu'il était, ses appréhensions d'une mortprochaine étaient sérieuses, et ce serait lui supposer tropd'hypocrisie, que de soupçonner que les instructions pro-lixes données à sa femme sous un si sombre pressentimentne soient qu'une comédie jouée avec une infernale per-sévérance. Je l'avoue: la correspondance de Rubens et desa femme n'était pas libre: elle était saisie à l'entrée età la sortie et mise sous les yeux du Comte de Nassau etde ses conseillers, et Rubens était sûr du fait. Mais lesconseils qu'il donne à sa femme de dissimuler ses con-victions religieuses, comme l'avait fait Naaman le Syrien,les aveux qu'il fait de ses doutes sur quelques pointsprincipaux de la doctrine étaient plutôt propres à fairedouter de sa sincérité qu'à lui concilier la bienveillancedu Comte Jean et de ses prédicateurs. Enfin des détailscomme sont ceux sur le livre et le personnage de RuardTapperus, l'ancien précepteur de Rubens, ne s'invententpas à l'envi, rien que dans l'intérêt d'une intrigue.
Admettons donc que Rubens et sa femme étaient pro-testans en 1571 et 1572; — car la correspondance dontnous produisons les extraits date de ces années et est anté-rieures aux révélations de Beilslein en Octobre 1572; —admettons qu'après ces révélations Rubens, excommuniéde l'église pour son crime même, a fait sa réconciliation