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serté la salle du festin. Si on veut absolument d esmusiciens (ceux-ci, je dois le dire, exécutent dansla perfection) , on devrait les placer à distance : leursaccords, un peu lointains, auraient alors quelq Uechose de suave qui, complétant les délices du banquet,ne couperait la parole à personne. Les morceaux c a -quetés sedigèrent aisément ; ce principe gastronomiqueest lout-à-fait violé quand on a pour voisinage ir a .médiat la musique d'un régiment.
Ce pays, étant la terre classique des tours de force,abonde en pruniers ; on y mange d'assez belles ce-rises au mois de mars; elles coûtent deux ou troisroubles la livre. J'ai assisté à un grand dîner chez unjeune homme opulent; le milieu de la table était oc-cupé par un beau cerisier; chaque convive cueillaities cerises sur la branche qui l'ombrageait. L'arbn.coûtait à l'Amphitryon dix-huit cents roubles; ainsi,ce tour de force de la nature en entraîne un autre,celui d'acheter. Dans le mois de janvier, une livre depetits pois ou de haricots verts coûte de vingt-cinqà trente roubles ; et comme la livre russe n'est quede treize onces, il en faut deux ou trois pour faireun plat. Un concombre coûte trois roubles. Ainsirien de plus cher que ces jeux de la végétation. Du-rant tout l'hiver, on mange des asperges, d'autres lé-gumes et plusieurs fruits, tous frais cueillis; mais lasaveur manque aux prodiges de la serre. Un ministreétranger , mon voisin de table , me disait un jour :« Mes yeux m'apprennenl que je mange des asperges,mais ma bouche n'en convient pas. y>
Le calcul décimal est ici de rigueur dans tous lesmarchés : on vend dix poires, dix pêches, dix prunes,