Ixxxix
Quand un souverain voulait honorer quelqu'un ,et lui témoigner de la considération, après avoir bu,il lui faisait passer sa coupe avec le reste de la liqueurqu 'elle contenait. C'était là une faveur signalée.
Dans les grands festins, les santés se portaientquelquefois au son des instruments. Quand on bu-vait à quelqu 'un , il était de la politesse que celui-cifît raison aussitôt : c'est ce qu'en vieux langage on ap-pelait ple'ger. Les grands seigneurs et les princes, lors-qu'ils mangeaient avec leurs inférieurs, leur permet-taient quelquefois ce plégement. On lit à ce sujet,dans un historien, une anecdote attendrissante surl'infortunée Marie Stuart, reine d'Écosse. « Con-« damnée à l'échafaud, dit-il, la veille de sa mort,« sur la fin du repas, elle but à tous ses gens, leur« commandant de la piéger : à quoi obéissant, ils« se mirent à genoux, et, mêlant leurs larmes avecci leur vin, burent à leur maîtresse. »
Les Gaulois avaient un goût très prononcé pourle vin. Diodore rapporte que pour un baril, oumême pour une cruche de cette liqueur, ils donnaientun esclave. Ils se piquaient à l'envi d'affronter leseffets du vin ; et c'eût été une honte pour eux quede s'avouer vaincus dans cette sorte de combats. IIfallait malgré soi disputer la victoire en buvant ; et,pour échapper aux railleries , on compromettait sasanté.
Charlemagne, par un de ses capitulaires, défenditde se provoquer à boire dans les repas. Les person-nes convaincues de ce délit devaient subir une sorted'excommunication civile , être séquestrées pendantquelque temps de la société , et condamnées au pain
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