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La Vigne : Voyage autour des vins de France ; étude physiologique, anecdotique, historique, humoristique et même scientifique
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LUS VINS DE FRANCE.

— Chut! celui-là semble jusqu'ici nous craindre et ne pas oser venirnous attaquer; mais ce n'est pas de lui dont il est question ici. Ce que faitBignon, le voici :

Je vous ai parlé de cette propriété de Tlieneuil qu'il possède en Bourbonnais.

Lorsque M. Bignon acheta, en 1849, celte (erre de Theneuil dans cemême Bourbonnais où il était né, il l'acheta à raison de 384 francs l'hectare;il n'y avait alors là ni froment ni fourrages artificiels; la propriété nourrissaitavec peine vingt-cinq tètes d'un bétail maigre et sans valeur. Or, il s'est mis àpiocher comme vous le voyez là, à chercher, à amender, à étudier, à tra-vailler de toute manière, à donner l'exemple aux gens d'alentour, si bien queles propriétés de ces gens, qui l'ont tout bonnement imité, valent aujour-d'hui quinze cents francs l'hectare, ce qui indique clairement que la valeur dela terre de Theneuil a tout au moins quadruplé.

Si bien que cette terre améliorée nourrit maintenant cent vingt bêtes àcornes, magnifiques spécimens de la race charolaise, qui ont pris la doucehabitude de se faire primer à tous les concours; qu'elle produit et engraissetrois cents moutons, une douzaine de chevaux de trait et quelque chosecomme quatre-vingts porcs; qu'on y récolte par quantités le foin, le seigle,l'avoine, le trèfle, la rave, la betterave, la carotte, etc., etc., et que pas unlopin de terre ne reste improductif.

Ce beau succès a valu à M. Bignon toutes les distinctions bien méritéesdont vous le savez pourvu, mais a surexcité bien naturellement aussi sonamour-propre et son ambition.

Un beau jour, nous l'avons vu débarquer ici; il venait d'acheter cette terreque vous voyez, la terre de Lahouringue.

Ce que M. Bignon avait tenté, ce qui lui avait si bien réussi en Bourbon-nais, il a voulu venir le tenter aujourd'hui au Médoc et y réussir. Nous leregardons avec un vif intérêt exécuter son travail et dépenser son argent,nous proposant tout naturellement de l'imiter, comme ont fait ses voisins enBourbonnais, s'il réussit, et cela est probable, car tout ce qu'il a entreprisjusqu'ici est actuellement en plein succès.

Du reste, il ne fait pas mystère de son travail : il pense que tout progrèsdoit profiter à la masse, et que chacun se doit à tous.

Ainsi qu'il avait opéré dans l'Allier, il a commencé par étudier son terrainet celui des environs, sur lesquels mûrissent les crus les plus renommés.

Voici, pour cela, comment il s'y px-end. Un tube de verre puissant et d'unelongueur calculée est enfoncé de force, perpendiculairement, dans le terrainque l'on veut étudier.