220 LES VINS DE FRANCE.
A chaque instant quelque char traîné par des bœufs apporte la vendange;on voit s'approcher à reculons le char d'une de ces larges baies quis'ouvrent sur les cuviers et les presses; les travailleurs, les jambes nues,s'emparent du précieux butin, versent dans le cuvier les raisins qui com-posent la charge, et bientôt les chariots reprennent à vide le chemin duquartier où se fait la récolte.
Les maîtres du château sont là.
C'est une véritable bonne fortune de les trouver et d'être reçu.
C'est le baron et la baronne Gustave de Rothschild qui sont venus cettefois au moment des vendanges donner le coup d'œil du maître à cette terresi affectionnée jadis par le vieux baron, une de ses dernières conquêtes.
Tout Paris connaît cette grâce aimable et spirituelle, cette beauté éléganteet sine qui distingue la jeune baronne. Je n'insisterai pas davantage.
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Je me contenterai de raconter ce que j'ai entendu dire à une vieille ven-dangeuse qui la voyait passer souriante, son ombrelle à la main, suivie deson mari, au milieu des travailleurs occupés à cueillir le raisin.
« Posséder tant de millions et Château-Lafïìtte, être belle, être jeune,avoir de jolis enfants, un mari qui a l'air de vous aimer, être bonne etgracieuse par-dessus le marché, franchement c'est trop pour une seule!...C'est pas juste ! »
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Le château Laffilte n'a, du reste, rien de princier. C'est une vieille bâtissequi date de trois siècles environ, d'une architecture douteuse et composite,avec des ajoutures de styles différents, suivant le temps où elles ont étérapportées et les nécessités du moment.
Les premiers seigneurs, qui portaient le nom de Laffilte et de Bécoyran,relevaient de la baronnie de Vertheuil et lui rendaient hommage.
Successivement propriété des barons du Breuil, des Ségur et du présidentPichard, qui fut victime de la première Révolution, et dont le domaine fuialors confisqué par l'Etat, le château Laffitte fut acheté par une compagniehollandaise qui le paya alors en assignats et le vendit en 1803 à M. Van-lerberghes, associé du fameux fournisseur Ouvrard.
Quand les comptes d'Ouvrard et de Vanlerberghes surent vérifiés, dit