Annal.Cap. ar.1129n.83.
256cher leurs Saints, & leurs miracles; ilz aiment mieux lescanonizer dans le silence de l'humilité, que dans l'esclatdes honneurs du monde. Ilz font comme S. Francois, quidefendit au B. Pierre de Catane de faire plus de miraclesapres sa mort, craignant que l'honneur du monde ne fiteſuaporer en fumée de vanité la ſainteté ſolide de leur pro-feſſion. Mais ilz ont beau cacher, puis que le ciel & la terresont deux tesmoins irreprochables des vertus eminentesque Dieu a miſes en cette ſienne famille. Vn orage ſuruintl'an 1543. qui fit que le Pape leur osta la predication, maisl'an 1545. cela leur fut rendu auec eloge. Et c'est merueilleque l'an 1526. & 1527. cette pauure barquette ne fut abys-mée au millieu des orages qui vouloient ce semble l'en-gouffrer sans resource. Mais Dieu qui a soin de ses bonsenfans, comme de la prunelle de ses yeux, l'a tousiours ga-rantie de tant de furieuses tempestes. Outre que la sainteté & extreme rigueur de leur vie faisoit pitié à ceux quibalançoient cela auec vn bon sens naturel. Car qui pour-roit hair des gens qui eſtoient bien naiz, pluſieurs yſſuz demaisons fort illustres, n'auoir pour tout qu'vn chetif Bre-uiaire emprunté du Superieur? ilz ne viuoient que de raci-nes, & de legumes, & encor bien petitement ; quelquesvns estoient les deux & trois iours sans manger. Longtemps passoit sans que iamais on vid sur leur table rien decuit, ni vne goutte de vin; mais toute leur nourriture estoitde quelque lopin de pain tel quel mendie par la ville, vnpeu d'eau, & quelques herbes crües, ou des fruits. Les ma-ladies suruenantes, & quelque peu de viande enuoiéepour l'amour de Dieu, fut cause qu'on faisoit courir celapar la table : & quasi nul d'entr'eux ne vouloit gouster nivne