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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XXII. 377Croyez-vous, Télémaque, qu'un grand Peintre travaille a$$idû-ment depuis le matin jusqu'au soir pour expédier plus promptementses ouvrages ? Non, cette gêne & ce travail servile, eteindroit toutle feu de son imagination ; il ne travailleroit plus de génie ; il fautque tout se fasse irréguliérement & par saillies, suivant que son goûtle méne, & que son esprit l'excite. Croyez-vous qu'il passe sontems à broyer des couleurs, & à préparer des pinceaux ? Non, c'estl'occupation de ses Eleves. Il se réserve le soin de penser; il ne son-ge qu'à faire des traits hardis, qui donnent de la noblesse, de lavie, & de la passion à ses figures ; il a dans sa tête les pensées, &les sentimens des Héros qu'il veut représenter; il se transporte dansles siécles & dans toutes les circonstances ou ils ont été : a cette es-péce d'enthousiasme il faut qu'il joigne une sagesse qui le retienneque tout soit vrai, correct, & proportionne l'un a l'autre. Cro-yez-vous, Telémaque, qu'il faille moins d'élévation de génie, &d'efforts de pensées pour faire un grand Roi, que pour faire un bonPeintre ? Concluëz donc que l'occupation d'un Roi doit être depenser, de former de grands projets, & de choisir les hommes pro-pres à éxécuter sous lui.Télémaque lui répondit : Il me semble que je comprens tout ceque vous dites : mais si les choses alloient ainsi, un Roi seroit sou-vent trompé, n'entrant point par lui-même dans le détail. C'estvous-même qui vous trompez, repartit Mentor; ce qui empêchequ'on ne soit trompé, c'est la connoissance générale du gouverne-ment : les gens qui n'ont point de principes dans les affaires, &qui n'ont point de vrai discernement des esprits, vont toujours com-me a tâtons; c'est un hazard quand ils ne se trompent pas : ils nesavent pas même précisément ce qu'ils cherchent, ni à quoi ils doi-vent tendre : ils ne savent que se défier, & se défient plutôt deshonnêtes gens qui les contredisent, que des trompeurs qui les fla-tent. Au contraire ceux qui ont des principes pour le gouvernement, & qui se connoissent en hommes, savent ce qu'ils doiventchercher en eux, & les moyens d'y parvenir : ils reconnoissent dumoins en gros si les gens dont ils se servent, sont des instrumenspro-Bbb