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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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364 LES AVANTURESPendant qu'ils s'entretenoient, les Rois assemblez avec Téléma-que examinoient ce qu'ils devoient faire. Télémaque leur conseil-loit de donner à Diomede le pays d'Arpi, & de choisir pour Roides Dauniens Polydamas qui etoit de leur nation. Ce Polydamas é-toit un fameux Capitaine qu'Adraste par jalousie n'avoit jamais vou-lu employer, de peur que l'on n'attribuât à cet homme habile le suc-ces dont il espéroit d'avoir seul toute la gloire. Polydamas l'avoitsouvent averti en particulier qu'il exposoit trop sa vie & le salut deson Etat dans cette guerre contre tant de Nations conjurées ; il l'a-voit voulu engager a tenir une conduite plus droite & plus modé-rée avec ses voisins : mais les hommes qui haïssent la vérité, haïs-sent aussi les gens qui ont la hardiesse de la dire. Ils ne sont tou-chez, ni de leur sincérité, ni de leur zèle, ni de leur désintéresse-ment. Une prospérité trompeuse endurcissoit le cœur d'Adrastecontre les plus salutaires conseils; en ne les suivant pas, il triom-phoit tous les jours de ses ennemis. La hauteur, la mauvaise foi,la violence mettoient toujours la victoire dans son parti. Tous lesmalheurs dont Polydamas l'avoit si long-tems menacé, n'arrivoientpas. Adraste se moquoit d'une sagesse timide qui prévoit toujoursles inconvéniens. Polydamas lui étoit insupportable; il l'éloigna detoutes les charges ; il le laissa languir dans la solitude & dans lapauvreté.D'abord Polydamas fut accablé de cette disgrace ; mais elle luidonna ce qui lui manquoit, en lui ouvrant les yeux sur la vanitédes grandes fortunes ; il devint sage à ses dépens ; il se réjouït d'a-voir été malheureux ; il apprit peu à peu à souffrir, à vivre depeu, à se nourrir tranquilement de la vérité, à cultiver en lui lesvertus secrêtes qui sont encore plus estimables que les éclatantes,enfin à se passer des hommes. Il demeura au pied du mont Gar-gan dans un désert, un rocher en demi-voute lui servoit de toit.Un ruisseau qui tomboit de la montagne appaisoit sa soif ; quelquesarbres lui donnoient leurs fruits : il avoit deux esclaves qui culti-voient un petit champ, il travailloit lui-même avec eux de ses pro-pres mains ; la terre le payoit de ses peines avec usure, & ne lelais-