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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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216 LES AVANTURESvalons & sur les colines les troupeaux de moutons qui bondissentsur l'herbe, & les grands troupeaux de bœufs & de genisses quifont retentir les hautes montagnes de leurs mugissemens : ces trou-peaux servent à engraisser les campagnes. C'est Mentor qui a trou- le moyen d'avoir ces troupeaux. Mentor conseille à ldoménéede faire avec les Peucétes, peuples voisins, un échange de toutesles choses superfluës qu'on ne vouloit plus souffrir dans Salente, a-vec ces troupeaux qui manquoient aux Salentins.En même tems la Ville & les Villages d'alentour étoient pleinsd'une belle jeunesse qui avoit langui long-tems dans la misére, &qui n'avoit osé se marier de peur d'augmenter leurs maux. Quandils virent qu'Idoménée prenoit des sentimens d'humanité, & qu'ilvouloit être leur pére, ils ne craignirent plus la faim & les autresfléaux par lesquels le Ciel afflige la terre. On n'entendoit plus que descris de joie, que les chansons des Bergers & des Laboureurs qui ce-lébroient leurs Hyménées. On auroit cru voir le Dieu Pan avec unefoule de Satyres & de Faunes mêlez parmi les Nymphes, & dansantau son de la flûte à l'ombre des bois. Tout étoit tranquille et riantmais la joie étoit modérée, & ces plaisirs ne servoient qu'à délasserdes longs travaux : ils en étaient plus vifs & plus purs.Les Vieillards étonnez de voir ce qu'ils n'auroient ole espérer dansla suite d'un si long âge, pleuroient par un excès de joie mêlée detendresse : ils levoient leurs mains tremblantes vers le Ciel. Benis-sez, disoient-ils, ô grand Jupiter, le Roi qui vous ressemble, &qui est le plus grand don que vous nous ayez fait ! Il est pourle bien des hommes, rendez-lui tout le bien que nous recevons delui. Nos arriéres-neveux venus de ces mariages qu'il favorise, luidevront tout jusqu'à leur naissance, & il sera véritablement le pé-re de tous ses Sujets. Les jeunes hommes & les jeunes filles quis'épousoient, ne faisoient éclater leur joie qu'en chantant les louan-ges de celui de qui cette joie si douce leur étoit venuë. Les bou-ches & encore plus les cœurs étoient sans cesse remplis de son nom.On se croyoit heureux de le voir ; on craignoit de le perdre : saperte eût eté la désolation de chaque famille.Alors