Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
171
Einzelbild herunterladen
 

DE TELEMAQUE. Liv. X. 171Troupes confédérées, Idoménée & Télémaque avec tous lesCrétois armez, le regardoient du haut des murs de Salente ; ilsétoient attentifs pour remarquer comment les discours de Men-tor seroient reçus, & ils auroient voulu pouvoir entendre les sa-ges entretiens de ces deux vieillards. Nestor avoit toujours pas-se pour le plus expérimenté & le plus éloquent de tous les Roisde la Gréce. C'étoit lui qui modéroit pendant le siége de Tro-ye le bouillant courroux d'Achille, l'orgueil d'Agamemnon, lafierté d'Ajax, & le courage impétueux de Dioméde. La dou-ce persuasion couloit de ses lévres comme un ruisseau de miel ;sa voix seule se faisoit entendre à tous ces Héros; tous se tai-soient dès qu'il ouvroit la bouche ; & il n'y avoit que lui quipouvoit appaiser dans le camp la farouche discorde. Il commen-çoit à sentir les injures de la froide vieillesse : mais ses parolesétoient encore pleines de force & de douceur. Il racontoit leschoses passées pour instruire la jeunesse par ses expériences, maisil les racontoit avec grace, quoiqu'avec un peu de lenteur.Ce vieillard admiré de toute la Gréce sembla avoir perdu tou-te son éloquence & toute sa majesté, dès que Mentor parut àvec lui. Sa vieillesse paroissoit flêtrie & abatuë auprès de cellede Mentor, en qui les ans sembloient avoir respecté la force &la vigueur du tempérament. Les paroles de Mentor, quoiquegraves & simples, avoient une vivacité & une autorité qui com-mençoient à manquer à l'autre. Tout ce qu'il disoit étoit court,précis & nerveux. Jamais il ne faisoit aucune redite; jamais il neracontoit que le fait nécessaire pour l'affaire qu'il faloit décider.S'il étoit obligé de parler plusieurs fois d'une même chose, pourl'inculquer, ou pour parvenir à la persuasion, c'étoit toujours pardes tours nouveaux & des comparaisons sensibles. Il avait mêmeje ne sai quoi de complaisant & d'enjoué, quand il vouloit seproportionner aux besoins des autres, & leur insinuer quelque vé-rité. Ces deux hommes si vénérables furent un spectacle touchantà tant de peuples assemblez. Pendant que tous les Alliez ennemisde Salente, se jettoient les uns sur les autres pour les voir de plusprèsY 2