DE TELEMAQUE. Liv. X. 165vous voulez qu'on vous découvre la vérité sans aucun adouci$$ement.Vous n'êtes point comme ces hommes foibles qui craignent de la voir& qui manquant de courage pour se corriger, n'employent leur autorité qu'à $outenir les fautes qu'ils ont faites. Sachez donc que cepeuple barbare vous a donné une merveilleuse leçon quand il est venu vous demander la paix. Etoit-ce par foiblesse qu'il la demandoit ?manquoit-il de courage, ou de ressources contre vous ? Vous vo-yez que non, puisqu'il est si aguerri & soutenu par tant de voisinsredoutables. Que n'imitiez-vous sa modération ? Mais une mau-vaise honte & une fausse gloire vous ont jetté dans ce malheur. Vousavez craint de rendre l'ennemi trop fier, & vous n'avez pas craintde le rendre trop puissant, en réunissant tant de peuples contre vouspar une conduite hautaine & injuste. A quoi servent ces tours quevous vantez tant, sinon à mettre tous vos voisins dans la nécessitéde périr, ou de vous faire périr vous-même pour se préserver d'u-ne servitude prochaine ? Vous n'avez élevé ces tours que pour votre sureté, & c'est par ces tours que vous êtes dans un si grand pé-ril. Le rampart le plus sur d'un Etat, est la justice, la modération, la bonne foi, & l'assurance où sont vos voisins que vous êtes incapable d'usurper leurs terres. Les plus fortes murailles peuvent tomber par divers accidens imprevus. La fortune est capricieuse & inconstante dans la guerre ; mais l'amour & la confiance devos voisins quand ils ont senti votre modération, font que votre Etat ne peut etre vaincu, & n'est presque jamais attaqué. Quand même un voisin injuste l'attaqueroit, tous les autres intéressez à sa con-servation prennent aussitôt les armes pour le défendre. Cet appui detant de peuples qui trouvent leurs véritables intérêts à soutenir lesvôtres, vous auroit rendu bien plus puissant que ces tours qui ren-dent vos maux irremédiables. Si vous aviez songe d'abord à éviterla jalousie de tous vos voisins, votre Ville naissante fleuriroit dansune heureuse paix, & vous seriez l'arbitre de toutes les Nations del'Hespérie. Retranchons-nous maintenant à examiner comment onpeut réparer le passé par l'avenir. Vous avez commencé à me direqu'il y a sur cette côte diverses colonies Grecques. Ces peuples doi-Xvent
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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